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Le criquet pèlerin, l'insecte qui affame l'Afrique

Ils ne pèsent que quelques grammes mais ravagent tout sur leur passage : redoutés depuis des siècles, les criquets pèlerins continuent de sévir dans la Corne de l'Afrique. On vous dit tout sur ce petit insecte qui peut engendrer des famines.

Alicia Mihami
Rédigé le , mis à jour le
Les criquets pèlerins ravagent les agricultures et peuvent créer une menace de faim (Illustration)

Ils assombrissent une fois de plus le ciel de la Corne de l’Afrique : les criquets menacent une fois de plus les récoltes de l’Afrique de l’Est. Mais comment expliquer ce phénomène récurrent, qui plonge régulièrement la Somalie, l’Ethiopie ou encore le Kenya dans l’insécurité alimentaire. 

Les criquets pèlerins sont une espèce de sauterelle normalement solitaire et inoffensive qu'on trouve dans les régions désertiques ou semi-désertiques. Mais sous l'effet de pluies abondantes, leur reproduction s'accélère, et quand leur nombre devient important, leur comportement se modifie. Ils se regroupent en essaims voraces, pouvant se déplacer sur de grandes distances grâce aux vents dominants, dévorant la végétation sur leur passage.

Fléau ancestral

La FAO qualifie le criquet pèlerin de "ravageur migrateur le plus destructeur au monde". Sa menace est connue et redoutée depuis des siècles : c'est d’ailleurs l’une des dix plaies d'Egypte évoquées dans la Bible. Depuis quelques mois, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a identifié une recrudescence du nombre de criquets pèlerins dans la région. On ne parle pas encore d’invasion : cette qualification n’intervient que lorsque 60 pays sont atteints. Un phénomène qui ne s’est produit que 6 fois au cours du XXème siècle. 

Mais en 2018, une saison intense de cyclones dans la péninsule arabique a permis la prolifération de ces criquets, dont les essaims ont peu à peu gagné le Yémen, l'Arabie Saoudite et l'Iran avant d’envahir la Corne de l'Afrique courant 2019. Les criquets y ont trouvé un terrain propice à leur reproduction : la région connaissait une des années les plus humides depuis des décennies, marquée notamment par huit cyclones au large de l'Afrique de l'Est. Depuis, des essaims subsistent et se déplacent dans les pays de la Corne, ravageant les cultures sur leur passage. 

Nuées menaçantes 

Un criquet pèse environ deux grammes et mange quotidiennement l'équivalent de son poids. Regroupés en essaim, ils peuvent parcourir jusqu'à 150 kilomètres en une journée. Un essaim d'1 km2 peut contenir jusqu'à 80 millions d'adultes, qui consomment en une journée la même quantité de nourriture que 35.000 personnes. L’un des essaims identifié au Kenya l’année dernière mesurait 2.400 km², soit presque l'équivalent de la ville de Moscou. Selon la FAO, il aurait pu contenir jusqu'à 200 milliards de criquets. Lorsqu’un tel essaim s’abat sur les cultures, il dévore tout en quelques minutes. 

Après les recrudescences de l’année 2020, la Corne de l’Afrique a connu une accalmie de quelques mois. Mais de nouveaux essaims sont apparus en décembre en Somalie et en Ethiopie, avant de gagner le Kenya. D'autres ont été localisés à Djibouti, en Erythrée, en Tanzanie et au Soudan faisant renaître les inquiétudes d’insécurité alimentaire. Les criquets pèlerins ont affecté l'alimentation de plus 2 millions de personnes l’année dernière et pourrait affecter jusqu’à 3,5 millions en 2021, dans l'ensemble de la région. 

Des pesticides pour prévenir l'invasion

Le moyen le plus efficace pour enrayer une invasion de criquets est l'épandage de divers pesticides, pulvérisés à petites doses, tant par les airs que depuis le sol. Ces techniques ont porté leurs fruits en 2020, comme l’explique Cyril Ferrand, expert auprès de la FAO basé à Nairobi : "Nous avons évité une catastrophe majeure l'an dernier. Nous avons arrêté les criquets au Kenya et ils n'ont pas pu migrer vers le Sahel”, évitant ainsi une invasion. 

Les différents pays de la Corne sont donc en alerte et poursuivent leurs opérations de surveillance et d’épandage. La FAO compte sur une fin de saison sèche dans les pays de l’Afrique de l’Est, ce qui devrait empêcher les essaims existants de se reproduire et donc de se multiplier. Reste à espérer que les caprices du climat ne viennent pas aggraver une situation déjà précaire. 

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